On observe aujourd’hui 4 grandes familles de projections pour la rénovation et la rénovation urbaine. A laquelle votre opération entend-elle appartenir ?

 

1. La copropriété dégradée

Ce scenario correspond à un type Business As Usual ou « au fil de l’eau ».

Dans un contexte économique à l’évolution lente et sans révolution énergétique majeure les risques financiers et l’endettement restent de mise, les collectivités locales voient leurs dotations se réduire et les subventions accordées ne sont pas toujours pas à l’échelle de l’enjeu.
Les dispositifs de rénovation du million de logements par an peinent à se mettre en place et le baril de Brent oscille entre 150$ et 200$ pénalisant fortement les habitants motorisés qui se reportent fortement vers les transports en commun (bus, Tramway).
Le gaz comme toute énergie fossile, voit ses réserves s’épuiser se traduisant par une augmentation progressive des tarifs.

Couplé à une remise en état du patrimoine bâti faite de rustines thermiques, la précarité énergétique s’accroit fortement, creusant ainsi l’écart entre les populations résidentes.
La contrainte énergétique et climatique pèse lourdement sur le budget des ménages qui se voient contraints de dégrader leurs conditions de confort pour maitriser la facture énergétique.

La structure démographique du quartier (haut de la pyramide des âges) impliquant une demande thermique croissante en chaleur pose des questions de santé publique si l’on considère l’impossibilité d’une augmentation des températures de consigne et la nécessité de se protéger des vagues de chaleur estivales (canicules)

Les travaux d’urgence énergétique concernent alors principalement :

  • La mise en place d’une isolation des toitures
  • Le renforcement de celle des façades.
  • Le calfeutrement des fuites d’étanchéité identifiées
  • Le doublage intérieur par des rideaux épais
  • La création de microclimats intérieurs
  • La création d’un guide d’usage énergétique et climatique du bâti pour les habitants.

Le travail sur l’espace public reste minimal et la place réservée à « l’auto-immobile » reste prégnante. Heureusement, les solutions de mobilités déjà présentes sur le site et l’auto partage ou covoiturage limite l’enclavement général du quartier.

L’attractivité reste très faible et l’image du quartier se dégrade.

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2. La cité jardin réinterprétée

Environ un siècle après les concepts du mouvement Moderne, dans un contexte économique similaire au scénario précédent mais couplé à une volonté affirmée de conduire un réel projet de renouvellement urbain, le quartier repensé pourrait aussi réinterpréter la cité-jardin comme retour à un urbanisme pluriel (ville/paysage).
La transition ville/campagne s’affirme au travers d’un projet global basé sur un projet collectif et social lui permettant une plus grande résilience face aux défis énergétiques et climatiques. Les principales composantes de cette cité-jardin sont :

  • La mise en place de jardins & potagers partagés dans les lieux ou l’ensoleillement est le plus important (cf diagnostic). Fournissant ainsi aux habitants leur propre énergie pour une plus grande résilience. Cette activité rythme également la vie du quartier par l’introduction d’une bourse aux fruits & légumes tels un marché informel.
  • Les opérations de réhabilitation précédentes se voient augmentées d’un travail sur une exploitation optimale de la passivité du bâti (autorisé par la faible densité bâtie du quartier et l’orientation spécifique des façades). Ainsi une partie des espaces extérieurs est dédiée à la mise en place de serres bioclimatiques permettant de valoriser le flux solaire pour le chauffage des logements en hiver. L’inertie thermique des logements est renforcée localement et les baies sont protégées du rayonnement solaire estival.
  • L’air extrait des logements (habituellement inutilisé) est alors valorisé par la mise en place de pompes à chaleur servant à préchauffer l’eau chaude sanitaire.
  • L’eau de pluie est récupérée en citerne et sert l’arrosage des potagers
  • Les déchets organiques sont compostés et utilisés pour l’alimentation des sols.
  • De manière générale l’auto construction par les habitants est privilégiée et des filières de formations peuvent être mise en place pour affirmer une nouvelle fois la composante collective dans l’oeuvre de transformation du quartier.

Les espaces publics sont investis et appropriés de façon collective, une intervention légère est réalisée sur ces derniers et les stationnements sont rationalisés de manière à ce que l’empreinte automobile soit réduite même si celle-ci reste persistante.

Ces dispositions donnent alors une nouvelle image au quartier allant dans le sens d’un renouvellement de sa structure démographique et d’un plus grand dynamisme.

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3. L’Excellence écologique

Dans un contexte de nouveau régime économique basé sur une « croissance verte », une fiscalité carbone forte et des collectivités locales plus à même d’investir, le quartier se met en ordre de marche avec comme aspiration principale, devenir une référence en terme d’environnement et de développement durable.

A ce titre un tel scenario prévoit à minima :

  • Une réhabilitation énergétique au-delà des standards de la réglementation en sus des éléments des 2 scenarios précédents.
  • Le recours à des sources d’énergies renouvelables décentralisées dans le but d’atteindre l’autonomie en énergie des logements (Bâtiment à énergie positives)
  • Une continuité écologique forte entre la Garonne et le potentiel parc des Lagunes avec l’ambition de transformer les lieux en un quartier à biodiversité positive.
  • Un travail paysagé conséquent pour la réintroduction d’espèces ainsi que la gestion alternative des eaux de ruissellement.
  • La rationalisation du stationnement et surtout le renforcement de la mobilité douce et du réseau de venelles comme alternatives réelles à l’automobile.
  • Un travail sur le microclimatisme des espaces extérieurs et la manière de gérer les fortes chaleurs estivales.
  • De façon générale un travail de bouclage des différents flux.

Les espaces publics & partagés sont alors gérés de manière collective par les habitants du quartier et leur forte implication dans la gestion du « bonheur commun » conduit à des initiatives telles que la mise en place de programmes sociaux et environnementaux tels que maisons de quartier, ressourceries, etc. et pouvant être générateur d’emplois locaux.

La structure démographique change également et le quartier passe alors progressivement de l’anonymat à l’exemplarité et devient attractif pour les « extérieurs » mais aussi pour les quartiers environnants car représentatif d’un nouveau mode de vivre en ville.

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4 La Condition Métropolitaine

Le diagnostic a mis évidence un potentiel métropolitain sous-jacent pour ce quartier. Dans un contexte économique favorable au développement économique et donc à la croissance, Claveau dispose déjà d’un caractère métropolitain en filigrane.

En effet, si l’on considère les dispositifs de liaisons tels que le tramway ou le pont d’aquitaine ainsi que les potentiels aménagements en partie nord venant affirmer la limite de la ville ou même les nouveaux quartiers tels que les bassins à flots ou Ginko, la « métropolisation » du quartier ne parait pas déraisonnable.

Dans la perspective d’un tel scénario, la nouvelle image métropolitaine passe par :

  • Une réhabilitation totale au-delà des standards tel qu’évoquée dans les scenarios précédents et possible par des mécanismes de financements par les investisseurs privés.
  • Une rationalisation des divisions foncières pour une re-densification de l’existant.
  • La mise en place de réseaux d’énergies intelligents (smart grids) devenue pertinente par la densification préalable du quartier et permettant de reconsidérer la notion de producteur/consommateur d’énergie.
  • Une mobilité organisée ainsi qu’une démocratisation du parc automobile électrique en lien avec l’électrification du mix énergétique national.
  • L’arrivée d’équipements et de commerces justifiés par la densification du tissu et un contexte économique dynamique.